Le maquis que l’Histoire avait oublié
 

A méditer

Le 6 mars 2007, par Gerard,

Un monde déshumanisé [1]. Un monde sans pitié

- Celui du plus malin, du plus fort, et de celui qui a de la chance. Sans autre morale que celle qui permet au quotidien de survivre, ou plutôt de tenir encore et ne pas mourir, soi-même d’abord et tant qu’il est utile son clan du moment

Et aussi :
- Celui de l’indifférence, même devant le pire (document PDF "L’horreur")
- Celui de l’humiliation, qui salira à jamais (document PDF "Mis plus bas qu’un chien")

L’extrême des conditions de survie. L’homme des camps réduit à plus bas que la bête

Elie Wiesel lors de son évacuation du camp de Buchenwald. Pendant l’arrêt de son "convoi" dans une gare :

"... Un groupe d’ouvriers et de curieux s’était rassemblé le long du train. Ils n’avaient sans doute encore jamais vu un train avec un tel chargement

Bientôt, d’un peu partout, des morceaux de pain tombèrent dans les wagons. Les spectateurs contemplaient ces hommes squelettiques s’entre-tuant pour une bouchée

Un morceau tomba dans notre wagon. Je décidai de ne pas bouger. J’aperçus non loin de moi un vieillard qui se traînait à quatre pattes. Il venait de se dégager de la mêlée. Il porta une main à son cœur. Je crus d’abord qu’il avait reçu un coup dans la poitrine. Puis je compris : il avait sous sa veste un bout de pain. Avec une rapidité extraordinaire, il le retira, le porta à sa bouche. Ses yeux s’illuminèrent. Un sourire, pareil à une grimace, éclaira son visage mort, puis s’éteignit aussitôt

Une ombre venait de s’allonger près de lui. Et cette ombre se jeta sur lui. Assommé, ivre de coups, le vieillard criait : « Méir, mon petit Méir ! Tu ne me reconnais pas ? Je suis ton père... Tu me fais mal... Tu assassines ton père... J’ai du pain... pour toi aussi... pour toi aussi... ». Il s’écroula. Il tenait encore son poing refermé sur un petit morceau. Il voulut le porter à sa bouche. Mais l’autre se jeta sur lui et le lui retira. Le vieillard murmura encore quelque chose, poussa un râle et mourut, dans l’indifférence générale. Son fils le fouilla, prit le morceau et commença à le dévorer

Il ne put aller bien loin. Deux hommes l’avaient vu et se précipitèrent sur lui. D’autres se joignirent à eux

Lorsqu’ils se retirèrent, il y avait près de moi deux morts côte à côte, le père et le fils. J’avais quinze ans... "

(Elie Wiesel, « La Nuit ». Paris 1958. Éditions de Minuit)

Ce témoignage peut se rapporter au propos de Pierre Saint Macary :

"... Je suis revenu avec l’intime conviction qu’il existe un seuil biologique au-dessous duquel vous perdez votre qualité, votre dignité d’homme. Vous ne devenez plus qu’un être qui lutte pour trouver des calories..."

(Pierre Saint Macary, « Mauthausen : percer l’oubli ». Editions L’Harmattan, Mémoires du XXe siècle)

Un univers impossible à faire comprendre. L’incommunicabilité de l’extrême

Primo Levi :

"... Nous les survivants, nous sommes une minorité, non seulement exiguë mais anormale : nous sommes ceux qui, grâce à la prévarication, l’habileté ou la chance, n’ont pas touché le fond

Ceux qui l’ont touché, qui ont vu la Gorgone, ne sont pas revenus pour raconter, ou sont revenus muets. Mais ce sont eux, les "musulmans" et les engloutis, les témoins intégraux, ceux dont la déposition aurait eu une signification générale. Eux sont la règle, nous l’exception... "

Post-Scriptum :

Et rappelons ici, au moins comme sujet de réflexion sur la nature humaine et les moteurs de la servilité comme de la survie animale, que la hiérarchie de l’organisation intérieure des camps, la "Häftlingsführung", était le "sous-traitant" du commandement SS du camp : du Lagerältester au sous Kapo, ces hommes étaient des déportés ! Ceci aidant à comprendre quelques uns des lourds silences d’après
 

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Si, c'est un homme
 

Documents joints à l'article

Mis plus bas qu’un chien
PDF | 4.2 Mo | document publié le 6 février 2011
Pour aider à le comprendre (source : Bernard Py)
Docteur Rosencher
PDF | 1.1 Mo | document publié le 24 août 2012
Résistance et Déportation
L’horreur
PDF | 734.3 ko | document publié le 9 novembre 2012
Témoignage de Bernard Py

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