Le maquis que l’Histoire avait oublié
 

Structuration du maquis

Le 26 janvier 2007, par Gerard,

Dans le schéma général de l’offensive vers le Rhin les Alliés prévoient de résoudre le préoccupant problème de la traversée du massif des Vosges en coupant en deux le front allemand [1]. Ils prévoient pour cela un coup de boutoir en plein centre, en plongeant par surprise [2] par les "petits cols" du Donon, du Hantz, de Saales... qui débouchent sur la vallée de la Bruche. Stratégie qui présente 3 intérêts :
- Celui de mettre à profit l’existance depuis la nuit des temps de ce passage le plus court vers le coeur de l’Alsace, Strasbourg, Sélestat... le Rhin !
- Celui de soulager une nécessaire poussée envisagée par le Nord (ce qui sera fait, plus tard, par Leclerc [3]
- Celui de soulager un prévisible difficile enveloppement de Patch et de Lattre depuis le Sud vers Mulhouse et Colmar [4]

C’est pour permettre de mener à bien cette audacieuse opération, idée de Patton, nécessaire à sa 3ème Armée US, que l’état-major allié décide de mettre à profit les ressources de la Résistance d’ici. Résistance qu’on charge de 4 principales missions :

Sécuriser la préparation de l’offensive :
- En renseignant en temps réel sur l’organisation et les mouvements des positions allemandes [5]

Précéder l’avance :
- En désorganisant l’état-major allemand par des harcèlements dispersés destinés à créer un effet multiplicateur, et l’amener à puiser des troupes dans ses positions du Nord et Sud du massif

Accompagner l’avance :
- En "nettoyant le terrain", par la destruction des moyens techniques et la prise de contrôle des routes et cols menant à la vallée de la Bruche
- En guidant et appuyant les avant-gardes

Etre prête à intégrer les formations en marche vers le Rhin


Reste donc à l’organiser stratégiquement et à l’équiper. Tâche laborieuse : l’orgueil humain, les appartenances, différences... et l’efficacité, n’étant pas systématiquement compatibles. Tâche périlleuse : nous sommes ici depuis 4 ans dans la Zone Réservée, à l’intérieur de la ceinture de défense du Schutzwall West... en statut de "Zone de guerre" depuis juillet, et maintenant au beau milieu de la ligne de front allemande ! [6]

Une organisation combattante se met en place sur la base de cette offensive alliée vers le Rhin programmée fin septembre au plus tard [7] Avec le GMA et le 1er RCV FFI. En coopération avec le 2ème SAS qui sera spécialement parachuté à cet effet. Avec l’évidente implication d’hommes des administrations, d’élus locaux, de membres du clergé... et de la population ! Cette opération s’appellera Opération Loyton [8] Illustration :

- Le GMA Vosges (Groupe Mobile d’Alsace Vosges) [9]

Né en mai 1944 il est une des émanations de la "7ème colonne d’Alsace" de Paul Dungler et de son aboutissement pratique que fut le GMA (Groupe Mobile d’Alsace, composante de la résistance alsacienne) [10]. Existe déjà une ébauche de GMA Sud, aux contours en cours de définition [11]. Suivra peu de temps après la création du GMA Suisse (commandant Georges)

A sa tête le "commandant Marceau" (Marcel Kibler), co-fondateur historique du GMA avec Paul Dungler

Rappelons que ce qui deviendra le GMA Vosges a pu commencer à prendre forme grâce au travail mené dès octobre 43 sur le terrain par 3 hommes clés : Louis Schmieder (dit P’tit Louis), Roger Gérard (alias Genet) et le docteur René Meyer (le futur "capitaine Marc")

Le PC s’installera à Laneuveville les Raon dans la ferme de la Basse Jolie

Le recrutement des ""troupes" commence en mai, à partir d’une poignée de clandestins vivant dans les bois de la haute vallée de la Vezouze (regroupés par René Ricatte, le futur "lieutenant Jean Serge") et progressivement se continue dans la vallée de la Plaine jusqu’au haut de Moussey

Cette vallée, qui va de Raon l’Etape à Raon sur Plaine et Raon les Leau et débouche sur le col du Donon, deviendra le "fief" du GMA Vosges

Notons toutefois que sa 6ème centurie se compose pour l’essentiel d’hommes "prêtés" par l’organisation de résistance de Moussey (52 sur 69 dont son chef René Valentin)

Il met progressivement en place une structure de type militaire, les "centuries", et échafaude les premiers projets d’organisation : installation de camps dans la forêt, appuis et recrutements locaux, approvisionnement en nourriture et recherche d’armes, entraînement au combat. Il s’organise en résumé comme suit :

- Le "chef de corps" est Marcel Kibler, alias "commandant Marceau"
- Le "capitaine Rivière" (Jean Eschbach) est le chef d’état-major
- Le commandement sur le terrain est confié au "capitaine Marc" (docteur René Meyer)
- René Ricatte, le "lieutenant Jean Serge", crée de toutes pièces la 1ère centurie. Elle sera la seule véritable unité opérationnelle (l’exceptionnelle capacité de cette formation sauvera du désastre total la "bataille de Viombois" !)
- La 2ème centurie est d’abord confiée au "sous-lieutenant Félix" (aspirant Lefranc). Egalement armée mais ni complétée ni vraiment encore entraînée, elle occupera le camp des Colas Lorrains quitté par la 1ère pour s’installer au col des Herrins. Elle sera accompagnée jusqu’au 17 août d’une partie des parachutistes anglais de Loyton. En grande partie démolie les 17/18 août lors de sa prise au piège (ce que l’on nommera "l’affaire du 18 août"), elle sera confiée au "lieutenant Gallinot" (Georges Guiot... )...
- La 6ème centurie, dite "de Moussey", est commandée par René Valentin. Elle jouera un rôle capital lors du parachutage du 13 août (ce qui lui vaudra son brutal anéantissement, consécutif de "l’affaire du 18 août") [12]
- 3 autres centuries sont "sur le papier". Les circonstances les laisseront ainsi bien que certains de leurs hommes aient été actifs, tout spécialement ceux de la 3ème et leur chef en raison des courageuses initiatives personnelles prises par celui ci, le gendarme de Raon l’Etape Maurice Croizé

Les effectifs seront d’environ 200 hommes [13]

Fin juillet, le colonel Henri Bourgeois (alias "Maximum"), délégué militaire FFI, arrive pour en superviser la coordination [14] Il est appuyé par le Lt colonel Guy d’Ornant (alias "Marchal"), adjoint du "colonel Grandval" (DMR de la zone C) et délégué FFI pour l’Alsace, puis bientôt également pour la Moselle. Henri Derringer (alias "commandant Henry", "abbé Pellegrin"... ), un homme solide et d’expérience, est parachuté par Londres le 1er septembre 44 avec le staf du 2ème SAS pour en prendre le commandement opérationnel et constituer 2 bataillons : l’un devant être commandé par le "capitaine Marc", l’autre par le capitaine Boissarie (alias "Barraud", l’officier français du SOE Jed Jacob). Pour plus d’explications, voir document PDF "GMA Vosges. Rapide biographie" en bas de page

Les 2 "coups durs" de "l’affaire du Jardin David/18 août" puis de "l’affaire de Viombois" décideront de sa dissolution définitive les 8/9 septembre [15]

- Le 1er RCV FFI (1er Régiment de Chasseurs Vosgiens, Forces Françaises de l’Intérieur)

Il se crée dans les mêmes temps et se constitue peu après

A sa tête Emile Marlier, brillant soldat colonel des Chasseurs à Pied. Titulaire de solides états de service au sein de la Résistance de l’armée : Armée d’armistice puis AS et ORA (voir ci dessous document PDF "Le 1er RCV FFI... "). Il devient le 10 juin 44 chef du 3ème bureau de la Résistance du département des Vosges dont René Matz est le patron [16]

Peu de temps plus tard on lui confie la mise sur pied d’une véritable organisation militaire, ce sera le 1er RCV FFI. Sa famille habite Le Harcholet, c’est là qu’il installe de fait son PC

La raison est de répondre aux nécessités de la stratégie américaine de s’appuyer sur la résistance d’ici pour réaliser la percée prévue vers le centre Alsace et le Rhin par la vallée de la Bruche. Ceci impliquant de s’appuyer sur les forces de résistance implantées de la vallée du Rabodeau à la vallée de la Fave. Les exigences étant de les regrouper en une unité militairement structurée... clairement identifiée et "gouvernable", et intégrée dans les Forces Françaises de l’Intérieur. (Voir en bas de page document PDF "Le 1er RCV FFI. Rapide biographie")

Le drapeau du régiment est le "Bleu Jonquille" des Bataillons de Chasseurs, barré de la Croix de Lorraine

Plusieurs "centuries" se forment, autour d’organisations existantes et déjà rodées : Moussey et les "villages du haut", Saint Jean d’Ormont, Provenchères... Des bataillons sont constitués et regroupent pour commencer les formations du haut de la vallée du Rabodeau, puis celles de Senones, Moyenmoutier, Etival et environs, le groupe du "capitaine Morel" et son corps franc Mallens, ceci jusqu’à vallée de la Fave. Les rejoindront quelques uns des hommes du GMA passés entre les mailles du coup de filet des 17 et 18 août puis quelques anciens "libérés" à la suite de sa dissolution (8/9 septembre, consécutive de la catastrophe du 4 septembre à Viombois). Et des officiers et des hommes venus de la France libérée viendront en renfort

Sa centurie de Moussey est attachée au 2ème SAS. Mise officiellement sur pied le 25 août et commandée par le lieutenant du Génie Granjon (chef du "chantier forestier" installé à Moussey depuis mi 43, groupe de résistance des Eaux et Forêts). Notons que celle ci succède à la 6ème centurie du GMA Vosges, également dénommée "centurie de Moussey", qui venait d’être anéantie dans "l’affaire du 18 août" (voir ci dessus et l’affaire de la "liste oubliée" dans rubrique 1944/La réaction allemande)

En réponse à la pression du général Patton, soucieux que tout soit prêt pour effectuer la percée prévue par la vallée de la Bruche, il recentre ici son dispositif pour s’articuler sur le plan de passage des cols. La coopération sera étroite avec les forces anglaises de l’Opération Loyton [17]

Fin août se constitue officiellement le 1er bataillon (souvent dénommé à tort 2ème ou 3ème). Celui ci regroupe les hommes du haut de la vallée du Rabodeau sous le commandement de Denis Fondeur (garde général des Eaux et Forêts basé à La Petite Raon, appartenant au réseau de résistance des Eaux et Forêts de la Conservation de Saint Dié). Ses unités les plus actives sont la "centurie de Moussey" du Lt du Génie Granjon (son adjoint est Henri Blaise), la centurie d’André Valentin (alors instituteur à Le Puid) et Marcel Dubois (instituteur à Le Saulcy-Quieux), la centurie de La Petite Raon, commandée par Oscar Gamache (adjudant des Chasseurs à Pied). Le corps-franc Mallens lui sera attaché et tiendra une grande place dans les parachutages de Gemainfaing et Moussey la Charbonnière. L’organigramme figure ci dessous dans document PDF Haute vallée du Rabodeau. Organisation FFI

D’autres unités sont également constituées : le "corps-franc" commandé par Constantin Mallens cité plus haut (ancien militaire et garde forestier à Senones, lieutenant FFI alias "Etienne"), le 2ème bataillon (capitaine Roger Quetand) de Senones/Moyenmoutier, le groupe d’Etival de l’abbé Salle, le "Maquis Morel", dirigé par Emile Finck (alias "capitaine Morel", alsacien évadé ici)... et des unités de service

L’effectif total comprendra environ 800 hommes

Les parachutages sont articulés avec les équipes opérationnelles anglaises : captain Druce (2ème SAS), captain Gough (SOE Jed Jacob), captain Hislop et Lt Johnsen (F Phantom). Nombre d’opérations propres aussi

Les plus de 2 mois de retard de la mise en place de l’offensive alliée pour traverser le massif des Vosges [18] et la consécutive énorme "machine de guerre" mise au point par l’état-major allemand pour venir à bout de la Résistance d’ici (l’« Aktion Waldfest ») se traduiront par 3 mois de traque acharnée des Einsatz Kommandos du Sipo/SD (aidés de supplétifs français et de collaborateurs du PPF, de la Feld Gendarmerie de Saint Dié et de la Wehrmacht). Les pics en seront 3 vagues successives de déportations : celle du 18 août, celle du 24 septembre, et le "coup de grâce" de celle des 5 et 6 octobre. Les parachutistes anglais compteront 39 morts [19]... Le 1er RCV FFI est en miettes, la Résistance d’ici est saignée à blanc, la vallée du Rabodeau est maintenant "La Vallée aux 1 000 déportés"...

- Le 2ème SAS (2ème Régiment de la Special Air Service Brigade)

La mise en place de l’« Opération Loyton » démarre dans la nuit du 12/13 août par le parachutage des avant gardes à la "Côte du Mont" : 15 hommes, du SAS, du F Phantom, du SOE (Jed Jacob) [20]

Après Viombois et le sabordage consécutif du GMA, les forces déjà parachutées de Loyton se regroupent toutes sur la haute vallée du Rabodeau, ne pouvant plus compter que sur le 1er RCV FFI

Le colonel Franks rapatrie ses hommes et tout l’état-major sur sa base opérationnelle de Moussey. Celle ci, sous le commandement du captain Druce, fonctionne à la "basse de Lieumont" depuis le début de l’Opération Loyton (rappel : avant garde parachutée la nuit du 12/13 août)

Les effectifs se répartiront pour l’essentiel entre ce camp de base, des abris dispersés dans la forêt, des maisons isolées du village (Evrard/MF des Chavons, Huin/"Cocusse", Sayer/"Noné", Bati, Launay/Les Grandes Gouttes, Pierrat/ferme Ferry... ), des maisons du hameau voisin du Harcholet (Dony, Georges, Gander, Fays... ), des maisons de La Petite Raon (Diéda, Toussaint, Nartz... ), la maison Thomas de Le Puid... Ils sont appuyés par la centurie de Moussey du 1er RCV... et par les habitants

La mission du SAS s’appelle Opération Loyton. C’est la plus importante des opérations de toute la guerre menée par le 2ème SAS sur le territoire français (son chef de corps, le Lt colonel Brian Franks, brillant officier des Forces Spéciales Britanniques de 34 ans, viendra la diriger en personne sur le terrain !). Elle est de préparer le terrain en coopération avec le Maquis en vue de l’offensive Patton vers le centre Alsace et le Rhin :
- Harceler les positions stratégiques allemandes, détruire les convois d’approvisionnement, déstabiliser l’état-major de la Wehrmacht, renseigner la 3ème armée US en temps réel... Sa finalité étant de sécuriser l’accès à la vallée de la Bruche
- Coopérer pour ce faire avec les hommes du maquis, armer et équiper celui ci, coordonner les parachutages...

102 hommes des Forces Spéciales Britanniques sont parachutés ici à cet effet [21] en 6 vagues successives du 13 août au 21 septembre [22] Le 2ème SAS est appuyé par une équipe SOE (Jed Jacob) commandée par le captain Gough, et par 2 équipes du GHQ Liaison Regiment/F Phantom, la première commandée par le captain Hislop, la deuxième par le lieutenant Johnsen. Notons que le SOE et le BCRA avaient dès la fin du printemps 44 renforcé à cet effet leurs antennes sur place, notamment grâce au tandem Simonot/Dubois (CDLR) et leurs liens. Ce sont ces 2 hommes et leur équipe qui ont reconnu et fait agréer les 2 terrains de parachutage Anatomie-Côte du Mont et La Charbonnière (au moins ceux ci)


Ainsi, le « Maquis d’ici » compte plus de 1 000 hommes disponibles ici début septembre [23]. Conformément aux plans stratégiques des Alliés, et répondant aux volontés politiques de Londres


Notons, la liste n’est pas exhaustive, le rôle majeur joué dans l’organisation par les hommes de l’administration des Eaux et Forêts, aujourd’hui ONF : solide réseau d’information, connaissance du terrain, courage tranquille, discrétion absolue. Du garde à l’ingénieur. Ils l’ont payé au prix fort [24]

La même remarque s’applique aux gendarmes. A ceux de Moussey tout spécialement, en effet : tous résistants, 3 exécutés et 2 déportés, 1 seul "rentré" [25]

Et puis il y a bien sûr ceux sans lesquels rien n’aurait été possible, la masse des "résistants ordinaires" : ouvriers ou directeurs, bûcherons ou curés, élus ou secrétaires de mairie, instituteurs ou cultivateurs. Ceux là qui tous les jours et sans faire de bruit, ont guidé, caché, hébergé, transmis, falsifié, soigné, transporté, nourri ... [26] Les humbles. Ces à peu près tous oubliés des honneurs d’après... Et même de l’Histoire !


Quelques faits pour situer la place particulière tenue par Moussey pendant les Maquis de 44. Rapide résumé :

- Moussey fut la principale plaque tournante des filières de passage du massif du Donon. Une solide expérience de la clandestinité acquise par 4 ans de pratique dans la réception des évadés venus du versant alsacien, le passage et l’accueil, la fourniture de faux papiers, l’hébergement, le camouflage, les liaisons et le transport vers les filières aval de transit et d’exfiltration. Une solide expérience consécutive dans le renseignement [27]
- C’est une résistance parfaitement organisée et encadrée, de longue expérience... et qui sait fonctionner dans la plus absolue discrétion ! Elle est encadrée par un véritable "gouvernement" de l’ombre, au coeur duquel sont les 4 principaux "chefs du village" : Jules Py, le maire et en même temps directeur général des usines Laederich, Achille Gasmann, le curé, Lucien Simonot, le directeur de l’école des garçons, Marcel Demaline, le brigadier de Gendarmerie. Un type d’hommes que l’on respecte ici, pour la fonction qu’ils occupent, leur comportement face à l’occupant, leur passé de soldats, leur loyauté et leurs qualités d’homme tout court exprimées au quotidien. Un atout rare dans l’histoire des "années noires", qui conforte l’implication de toute la communauté de ces habitants d’ici viscéralement hostiles à la domination
- C’est Lucien Simonot, directeur de l’école des garçons et secrétaire de mairie, Franc-maçon et CDLR, qui est le premier véritable organisateur de la Résistance de la vallée du Rabodeau. Officier de réserve (capitaine), vétéran de la première guerre, combattant de la campagne de 40 libéré des camps de prisonniers parce qu’enseignant. Il en fut le chef jusqu’à son arrestation (4 janvier 44)
- C’est ici qu’est installé depuis mi 43 un "Chantier forestier", fait d’un peu plus de 20 militaires d’un détachement "forestier" de la Compagnie de Travailleurs 10/11 du Génie, venu de Commercy et commandé par le lieutenant du Génie Jean Granjon. Lui et les hommes formeront ici un noyau de résistance sous couvert d’exploitation forestière au service de l’armée d’occupation, intégré dans l’organisation de résistance de l’Administration des Eaux et Forêts de l’arrondissement de Saint Dié (dirigée par le conservateur Louis François et son adjoint Jean François Pelet). Le lieutenant Granjon reconstituera le 25 août 44 et commandera une nouvelle "centurie de Moussey", celle ci attachée au 1er RCV FFI (la première, "prêtée" au GMA Vosges, ayant été à peu près complètement détruite par les exécutions et déportations consécutives de "l’affaire du 18 août"... ). Le lieutenant Granjon maintiendra jusqu’au bout une coopération particulièrement étroite avec l’état-major du SAS
- C’est ici, jusqu’à "l’affaire du 18 août", qu’est installé le poste de radio de la résistance locale. Dans la maison de "la Brunette" et d’Henri Loewenguth. Ce dernier sera "pris" le 18 août, interrogé à Schirmeck il ne parlera pas malgré d’effroyables tortures et sera exécuté au Struthof ! [28]
- ...
- C’est ici le "noyau dur" des parachutages de 44 : 5 auront lieu ici, depuis celui des avant gardes de l’Opération Loyton dans la nuit du 12/13 août à la "Côte du Mont" jusqu’à ceux des jeeps et des derniers renforts les nuits des 19/20 et 21/22 septembre à la "Charbonnière"
- C’est ici que viendra définitivement s’installer le centre opérationnel de l’Opération Loyton : état-major dans les maisons du village et du hameau du Harcholet (maisons Dony, Georges-"Piton", Pierrat-"Ferme Ferry"... ), "garnison" dans des abris forestiers près du château d’eau de Lieumont. Assistés par la "centurie de Moussey" du 1er RCV FFI (et le maire, le curé, les gendarmes, les gardes forestiers... et les habitants !)
- ...
- C’est ici aussi que viendront se réfugier pour échapper à la traque des Einsatz Kommandos du Sipo/SD les chefs des 2 maquis d’ici quand tout fut prématurément fini pour eux. Par exemple (liste non exhaustive !) : chez Alphonse Farine de mi septembre à fin octobre pour le colonel "Maximum" et le staff du GMA Vosges, chez Jean-Baptiste Huin ("le Cocusse") après le 24 septembre pour le colonel Marlier, chef du 1er RCV FFI, dans de multiples refuges d’ici (maisons Freine, Huin, Bati, Pierrat (ferme "Ferry"), maison forestière des Chavons, base SAS de Lieumont... ) pour le cdt Derringer et ses accompagnateurs rescapés de la "vingtaine Perrin" (ancienne 3ème vingtaine de la 1ère centurie du GMA Vosges)... Le garde chasse Freine y jouera là, une fois de plus, un rôle capital

Moussey fut consécutivement depuis les débuts de l’Occupation l’objet d’une surveillance particulière, rapidement devenue traque aux insoumis puis chasse aux "terroristes", qui s’étendit aux villages des alentours. Les insuccès malgré tout répétés de la traque allemande amèneront le haut commandement de Strasbourg et d’Epinal à décider "d’en finir" par la solution, radicale, de la rafle et déportation des populations. C’est ainsi que Moussey fut le coeur des 2 premières : celle du 18 août et celle du 24 septembre 44... Elle est aussi la commune qui proportionnellement à sa population a payé le plus lourd tribu : plus de 230 déportés (187 "citoyens officiels" du village dont Jules Py maire et directeur général des usines Laederich, les gendarmes, les gardes des Eaux et Forêts, le directeur d’école... et plus de 40 "clandestins"). Plus des 3/4 ne rentreront pas ("clandestins" compris : 231 déportés, 178 morts)...

Post-Scriptum :

Rappel des 4 métiers du "Maquis d’ici" : 1/ Reconnaître et Renseigner 2/ Brouiller l’état-major allemand par des harcèlements de diversion 3/ Préparer le terrain et Sécuriser le passage des cols 4/ Se tenir prêt à intégrer à leur passage les troupes alliées

Ce qui signifie implication de toute la population des villages. Ceci réclamant par ailleurs le respect de consignes strictes :
- Discrétion
- Mobilisation de tous les instants, "chez soi" comme sur son lieu de travail
- Pas de manifestations publiques
- Sabotages et opérations de diversion seulement menés par des équipes volantes organisées en "corps francs", le plus souvant coordonnées sous commandement SAS
- ...

La mission 1 fut parfaitement remplie. La mission 2 presque complètement. La mission 3 fut implicitement une réussite (villages et cols débarrassés de tout Allemand au moment de l’arrivée dans la vallée de la 100ème division d’infanterie US)... Les plus de 2 mois de retard de l’offensive alliée et les exécutions et déportations de masse consécutives n’ont pas permis de commencer la mission 4 !

Rien donc que le travail de l’ombre... Voilà peut-être la raison de l’oubli de l’histoire d’ici. Douloureuse ingratitude de la grande Histoire envers ces citoyens ordinaires qui ont payé si cher d’avoir fait quelquechose... Tant fait... ce que n’ont pas manqué d’avouer les Allemands ni de saluer Britanniques et Américains (mais eux savaient de quoi ils parlaient !)

Rappel : ce n’est que 19 ans après les faits, en mai 1963, que les déportés de la vallée du Rabodeau purent prétendre à la carte de "Déporté Résistant", et non plus seulement à celle de Déporté "Politique" ! (voir fichier PDF ci dessous "Ignorance et Mépris")

Autre rappel : tout ceci pendant que les usines tournaient tant bien que mal, alimentées par plus ou moins de "collaboration économique" [29]

Notes :

[1] Ce qu’il était prévu de réaliser dans la vallée du Rabodeau aux alentours du 20 septembre par la 3ème armée de Patton fut en fait réalisé, 2 mois plus tard, par la 7ème armée de Patch. En voici la carte des opérations. Cliquer

[2] L’état-major allemand n’envisageait en effet pas le franchissement de ce massif au relief si compliqué par l’armada hyper mécanisée des Alliés, à cet endroit là de surcroit... pas plus que les Autrichiens n’avaient imaginé que Bonaparte leur fondrait dessus en passant par le Saint Bernard ! L’effet de surprise aurait donc pleinement joué sans les 2 mois de retard, d’autant que seulement des troupes allemandes négligeables stationnaient à ce moment là dans ce sillon Rabodeau Bruche. Le sort des populations d’ici, la date de passage du Rhin, la fin de la guerre... auraient été tout autres, mais on ne refait pas l’histoire

[3] Baccarat Strasbourg, la percée Nord du Massif des Vosges par la 2ème DB (elle aussi "2 mois plus tard que prévue"). Récit du général Compagnon (il y était : chef d’escadron de chars). Cliquer

[4] Une parmi d’autres "interprétations" des faits fait dire qu’il était prévu :
- D’« amuser » les Allemands ici, de leur "faire croire que". De les obliger ainsi à ramener un maximum de troupes vers ici, et donc d’alléger d’autant leur résistance aux poussées prévues ou en cours par le Nord et par le Sud (respectivement Patton et Patch de Lattre)
- De refermer la tenaille sur le Rhin pour les prendre à revers et les couper de leurs bases arrières
- De les pousser ainsi dans une nasse fermée par le contrefort abrupt du versant alsacien des Vosges, et les "asphyxier" à moindre coût

L’histoire d’après donne toutes les "bonnes raisons" à cette interprétation. Mais peu importe la version. La réalité a naturellement d’abord dépendu des visions des chefs et de la réalité des circonstances... puis de l’obligation de "faire avec"

Et c’est ainsi qu’il a été fait autrement que prévu... et avec plus de 2 mois de retard ! Ce qui a mis, non plus les Allemands mais le maquis d’ici et les SAS, dans une nasse

[5] Le SOE et le BCRA renforceront à cet effet leurs antennes sur place. En août 44 s’installera l’équipe "Bataclan Noir" (capitaine Jean Michel Rémy alias "Corse", Lts André Lutringer et André Blaise) : parachutée en Haute Marne, venue par la Haute Saône... infiltrée jusqu’à Saulcy Quieux... installée à Moussey jusqu’à "l’affaire du 18 août"... installée à l’école de Neufmaisons (près de Pexonne)... capturée là le 27 août par le Sipo/SD et emprisonnée à Nancy (prison Charles III)... miraculeusement rescapée. Voir ce témoignage de André Lutringer dans ce document vidéo INA. Cliquer

Le Renseignement eut ici, comme partout ailleurs, une place centrale. Ce témoignage du général Navarre en donne une idée. Cliquer . Dans les moments décisifs de l’offensive alliée pour traverser les Vosges vers la vallée de la Bruche le 1er RCV FFI joua un rôle capital. La place tenue dans l’ORA par le colonel Marlier n’y est pas étrangère

[6] Important pour bien comprendre la particularité des évènements d’ici :
- Les villages d’ici étaient redevenus fin juin 40 des villages frontaliers. Conséquence de la "réintégration" de l’Alsace Moselle au "Grand Reich", la frontière franco allemande était en effet celle de 1871 à 1918, celle du traité de Francfort : la ligne des crêtes (cette "ligne bleue des Vosges")
- Ces "petits cols" furent de tous temps les voies principales vers le coeur de l’Alsace depuis la France "de l’intérieur". Celui du Donon étant de plus porte d’accès vers Sarrebourg, l’Alsace du Nord... l’industrie lourde allemande
- La Zone Réservée (dite aussi Zone Interdite) était en pratique le glacis de protection occidental du territoire décrété officiel du Grand Reich, bordée par un "Vorvogesenstellung"
- Ce "mur" allant de Delle (frontière suisse) aux Ardennes
- De surcroit, l’Allemagne avait très tôt planifié d’installer une barrière de sécurité rapprochée ceinturant le massif des Vosges : le Schutswall West. Dans ses grandes lignes pour ici sur la ligne de front de la guerre de 14-18 (Badonvillers, Celles, Moyenmoutier, Le Ban de Sapt... ), profitant ainsi des implantations de ses anciennes fortifications. En raison de l’avancée vers ici des troupes alliées il devint à partir de juillet 44 le rempart ultime de l’intégrité du IIIème Reich côté Ouest (sa mise en état en novembre, bâclée faute de temps et de moyens, fut un échec malgré l’apport de plus de 2 000 hommes (moitié Jeunesses hitlériennes et travailleurs importés dont groupes d’Ukrainiens, moitié requis locaux)

[7] Le livre de Hugh M. Cole, "The Lorraine campaign", décrit dans ses chapitres I à VI la stratégie et les opérations menées à cette période et sur la façade ouest du massif vosgien par la 3ème armée de Patton, dont la 2ème DB du général Leclerc faisait alors partie (Les façades sud et sud ouest du massif relèvent du 6ème Goupe d’armées américain du général Devers débarqué à partir du 15 août en Provence et composé de la 7ème armée du général Patch et de la 1ère armée française du général de Lattre) Lien vers des extraits du livre. Cliquer

[8] Pour plus de détails sur l’Opération Loyton :
- Voir article éponyme dans rubrique Les SAS ici. Cliquer
- Lire le livre de Roger Ford Fire from the Forest : The SAS Brigade in France, 1944 - Behind enemy lines with the Maquis

[9] Le GMA est une des émanations de la "7ème colonne d’Alsace" ("Réseau Martial" pour Londres). Une des organisations de la Résistance alsacienne, rattachée plus tard à l’« ORA »

S’il dut se saborder ici, sa branche GMA Suisse apportera 2 bataillons à la 1ère armée de de Lattre, et nombre d’hommes de son GMA Sud constitueront les forces vives de la Brigade Alsace Lorraine d’André Malraux

Pour une réelle connaissance "terrain" du GMA Vosges comme pour découvrir la réalité de Viombois, il est indispensable de lire 3 livres vérité qui font table rase des "aménagements" d’après, remettent à leur ]es faits et les hommes de Viombois, du GMA Vosges, et rendent la justice qui leur est due à ces volontaires du "maquis du Donon"

Les 2 premiers sont écrits par 2 hommes qui étaient au coeur de l’affaire et des combattants, dont l’engagement et la lucidité pour les deux, une honnêteté intellectuelle qui oblige pour le premier, sont un exemple :
- Le livre d’Oscar Gérard de Viombois à Berchtesgaden. Une "grenade" qui fait sauter une chape de plomb longtemps soigneusement entretenue (présentation dans document PDF ci dessous)
- Le livre Viombois du Lt colonel Ricatte (le fameux "lieutenant Jean-Serge"). Le récit d’un guerrier (présentation dans document PDF ci dessous). Notons que l’édition "étoffée" de 2005 occulte étrangement d’indispensables informations présentes dans celle de 1984 ! ...

Le troisième est écrit par Jean-Michel Adenot : Viombois 4 septembre 1944. Ecritures, mythe et Histoire (publication mi novembre 2016). Fruit d’années de recherches et de "déterrement" des archives tant allemandes que françaises, un exceptionnel travail d’historien. La détermination d’un homme à afficher la réalité des faits et balayer une bonne fois la et les légende(s). A redonner leur place aux hommes et aux choses pour faire court. Un premier aperçu :
- Sur ce site dédié. Cliquer
- Sur le site HSCO. Cliquer

D’autres publications, dont celles ci, apportent un éclairage sur la réalité de la Résistance alsacienne et du GMA en particulier :
- Le livre d’Eugène Riedweg. Ecrit en 2014, il éclaire sur nombre de réalités de l’organisation de la Résistance alsacienne "étouffées" jusqu’ici. Celles concernant le GMA montrent la défaillance du management de celui ci, expliquent l’échec du GMA Vosges et la "partition" des GMA Sud et Suisse. Loin de la légende entretenue jusqu’ici. Est "rendu à César ce qui lui appartient". Extraits dans Google Books. Cliquer
- Cet article d’Alphonse Irjud publié sur Internet. Il apporte une vue panoramique sur l’histoire du GMA dans la Résistance alsacienne, malgré les raccourcis et leurs imprécisions consécutives : Histoire de la Résistance alsacienne - Des maquis à l’armée de Libération. Cliquer
- Cet article publié sur le site ASSDN. Lui aussi permettant de "rendre à César ce qui lui revient", illustrant s’il en était besoin la falsification opérée par les "bricoleurs" d’histoire, de la leur d’abord. Cliquer

Egalement à connaître sur le GMA Vosges et la bataille de Viombois :
- Le "Rapport du capitaine Marc", qui en décrit le déroulement. Document indiscuté sur le fond par ceux qui "y étaient" (document PDF ci dessous)
- Le film documentaire de Christophe Lagrange "Viombois. La bataille du hasard" (document PDF ci dessous)

[10] C’est à la suite d’une entrevue avec le "colonel Grandval" (Gilbert Hirch-Ollendorf), délégué du général Koenig en tant que DMR de la Zone C, que Marcel Kibler et Guy d’Ornant (adjoint du colonel Grandval et responsable FFI pour l’Alsace puis l’Alsace Moselle) obtiennent de créer un "maquis du Donon". Les 2 nécessités étant, la première de faciliter aux troupes alliées le passage à travers ce point stratégique du massif vosgien, la deuxième de "désenclaver" une partie des résistants du versant alsacien

[11] 3 "biographies" du GMA Sud, qui deviendra la "Brigade Alsace Lorraine" :
- Recueils de témoignages de 1978. Cliquer
- Témoignages d’hommes du terrain (dans "Mémoires de Résistances", un site du département de la Dordogne). Cliquer
- Livre La Brigade Alsace Lorraine de Léon Mercadet. Disponible en revente sur Internet

[12] La 6ème centurie du GMA Vosges est essentiellement composée d’hommes de la résistance de Moussey (52 sur 69), dont son chef René Valentin (adjudant chef des Chasseurs à Pied, clandestin hébergé chez sa femme nommée par Jules Py concierge à Moussey du siège des Ets Laederich). Elle avait été mise sur pied à la cure de Moussey au cours d’une réunion regroupant l’abbé Gasmann, des représentants du maquis de Moussey et de la Mairie, et le "capitaine Rivière"

Elle a pris une une place capitale dans l’organisation et l’exécution du parachutage du 13 août... ce qui lui a valu son rapide et brutal anéantissement (explications dans rubrique 1944/La réaction allemande)

[13] Intégrant plus tard dans ses chiffres les habitants des villages "convoqués" pour le parachutage prévu le 2 septembre à Veney/La Pédale (environ 600 hommes selon les chiffres qu’il mentionne) et d’autres !... le GMA Vosges affichera (après guerre) un effectif total d’environ 800 hommes (précisément 832 le jour de la bataille de Viombois selon ses propres affirmations... ). Nous sommes bien sûr là loin des "capacités opérationnelles", de la réalité pour faire court...

[14] Qui était le colonel Henri Bourgeois : rapide biographie sur le site de la Fondation de la France Libre. Cliquer

[15] Ebranlé par la prise au piège du 17/18 août au Jardin David/Lac de la Maix, puis par la chasse à l’homme consécutive déclenchée par le SD (près de 100 arrestations et les exécutions et déportations consécutives... ), le GMA Vosges devra définitivement se saborder au lendemain de la bataille de Viombois (4 septembre : 57 tués sur place dont le capitaine Boissarie, des dizaines de capturés consécutifs (dont le capitaine Marc !) dans les jours suivants, qui seront fusillés ou déportés)... S’ajoute la sombre affaire des miliciens infiltrés, embauchés comme officiers !

A la suite de quoi :
- L’état-major et le colonel "Maximum" seront exfiltrés par Albert Freine et "réfugiés" par la résistance de Moussey (à la Haye Labbé puis chez Alphonse Farine). "Marceau" et "Maximum" resteront cachés là jusqu’au 27 octobre... date de leur exfiltration vers les lignes alliés. Notons qu’ils ont eu d’épisodiques contacts avec le commandant Derringer et des hommes de sa "vingtaine Perrin" également réfugiés à Moussey (ex 3ème vingtaine de la 1ère Centurie du GMA Vosges, détachée pour être mise à disposition du Cdt Derringer et des Anglais après le parachutage du 1er septembre à Veney/La Pédale)
- Le "Lt Jean-Serge " et quelques hommes de sa 1ère centurie se replieront au Ban de Sapt, où les rejoindra le Lt colonel d’Ornant. Ils rejoindront quelque temps après la 2ème DB...

[16] René Matz, alias Cdt Duval ou Cdt Didier, chef de l’organisation de la Résistance du département des Vosges. Sa biographie en bref sur le site écriVOSGES. Cliquer

[17] Le Jed Jacob du SOE avait été parachuté à cet effet pour en préciser l’organisation et le role. Le captain Gough (chef du Jed Jacob) s’est principalement "attaché" au 1er RCV FFI, son adjoint français Boissarie était détaché au GMA Vosges

[18] Carte montrant la chronologie de la Libération du département des Vosges sur le site de l’Académie de Nancy Metz. Cliquer

[19] De multiples mises au point sont nécessaires à rétablir la réalité de l’histoire d’ici. De nombreuses imprécisions ou erreurs figurent en effet dans des documents officiels ou "officialisés", auxquelles s’ajoutent les "interprétations" des uns et des autres. Exemples parmi d’autres :
- 1/ C’est le 10 juin que le colonel Marlier a pris ses fonctions de chef du 3ème bureau de la Résistance du département des Vosges
- 2/ La formation du 1er RCV FFI ne date pas de "peu avant la Libération" (rapport DMR zone C), mais de début juillet pour la décision, et de tout début août pour sa mise sur pied. Le chef du Jed Jacob (captain Victor Gough), parachuté le 13 août à la Côte du Mont, précise : "... j’ai pris contact avec les 800 hommes de Marlier... " (histoire du captain Gough dans rubrique Les SAS ici/Témoignage des hommes). Le 1er RCV FFI était donc à cette période (et bien avant !) connu des Anglais et de l’état-major allié !... (Rappelons pour situer dans le temps que la Libération d’ici est ... le 22 novembre)
- 3/ Le 1er RCV FFI n’a pas été décimé "parce que des listes nominatives (ont) été découvertes par les Allemands" (rapport DMR zone C). En effet, c’est précisément parce que les Allemands n’ont rien pu découvrir de significatif, ni capturer ou réussir à faire assez "parler" aucun homme clé, qu’ils se sont résolus à utiliser la solution radicale de la rafle et déportation des hommes valides des villages... Pour ce cas précis du 1er RCV ils ont même du s’y reprendre en 2 fois : le 24 septembre, puis le 5/6 octobre (la 1ère tentative, consécutive de "l’affaire du 18 août" n’ayant pas suffi ainsi que l’ont expliqué les Allemands, ni pour "domestiquer la population", ni pour "exterminer cette préoccupante bande de terroristes"... ). L’auteur du rapport DMR fait sans doute une confusion avec l’épisode de "l’affaire du 18 août" qui concerne le GMA Vosges... (voir dans article La réaction allemande)

[20] Le SAS, Special Air Service, est une unité des Forces Spéciales britanniques. Créé en 1941 par le major David Stirling avec des volontaires britanniques, puis français et belges
- Il comportera 5 régiments : 2 britanniques (1er et 2ème), 2 français (3ème et 4ème), 1 belge (5ème)
- Officiellement dissous en octobre 45, il renaîtra en 1947. Sa reconstitution après guerre est due pour une large part à la détermination, aux arguments, et au prestige du colonel Franks. Il deviendra le 1er "patron" du SAS d’après guerre. L’histoire de peu après et celle d’aujourd’hui lui ont indiscutablement donné raison et démontrent sa clairvoyance...

A l’époque, comme aujourd’hui, le Special Air Service a pour mission de parachuter, derrière les lignes ennemies, des troupes spécialement formées au renseignement, aux actions spéciales, et à l’encadrement de forces de résistance. Il se tient invariablement dans la "botte" du palmarès mondial des Forces Spéciales. Pour en savoir un peu plus :

Sur le SAS en général :
- Site Wikipedia. Cliquer

Sur la place et les actions du SAS pendant la 2ème guerre mondiale :
-  The SAS WAR DIARY, 1941-1945 . Un ouvrage particulièrement complet et d’une indiscutable rigueur. Servi dans une présentation soignée. Un aperçu ici sur le site de la BBC. Cliquer
-  The SAS and LRDG. Roll of Honour. 1941-1947 . Un ouvrage complémentaire, et différent, du précédent :
- Présentation générale. Cliquer
- Un aperçu relaté dans The Telegraph. Cliquer

Inhabituel dans son sens comme dans sa forme : une suite de biographies. Résultat de 13 années de recherches il apporte nombre d’éclairages et précisions inédits : tout ce qu’ont pu dire les archives et vérifier les derniers témoins est là

Une volonté de transmettre l’histoire de ce corps très particulier des Forces Spéciales britanniques au travers de ce qu’étaient chacun de ses hommes "morts en service commandé" (374) : ceux de Loyton et tous les autres qui y ont servi de 1941 à 1947. Une façon de leur rendre hommage, le moyen de comprendre que le SAS n’est pas un corps légendaire sans raison, une occasion au passage de faire table rase des imprécisions, détournements et falsifications "commercialisés" jusqu’ici. Ecrit par un "du métier", servi dans une présentation particulièrement soignée, 800 pages dont 374 biographies

A noter que la totalité des bénéfices de sa vente seront utilisés, pour une part à rembourser les emprunts engagés pour la réalisation technique, pour une part à édifier les stèles ou monuments non édifiés jusqu’ici faute de moyens, tout le reste sera versé à des oeuvres de soutien aux vétérans. Merci de prendre cet aspect en compte aussi

[21] Pour plus d’infos voir rubrique Les SAS ici

[22] 2 autres groupes SAS, environ 20 hommes, seront également parachutés en renfort... et d’autres opérations telles que "Pistol", "Hardy", "Wallace" sont conjointement menées au Nord et au Sud d’ici par le même 2ème SAS. Voir article Opération Loyton dans rubrique Les SAS ici. Cliquer

[23] Seulement 150 hommes du maquis sont réellement opérationnels fin août. Les parachutages de septembre sont prévus pour équiper et armer tous les hommes

[24] L’administration des Eaux et Forêts de l’arrondissement de Saint Dié est un des principaux piliers et le plus solide noyau de la Résistance d’ici. Exemple pour la haute vallée du Rabodeau :
- Le garde général (ingénieur des travaux) Denis Fondeur, basé à La Petite Raon, est le chef du 1er bataillon (dénommé à tort 2ème ou 3ème) du 1er RCV FFI
- Le "Chantier forestier" du Lt Granjon est basé à Moussey depuis mi 43 (et le Lt Granjon est le chef de la "Centurie de Moussey" du 1er RCV FFI)
- Le garde Constantin Mallens est aussi chef de centurie
- Gardes, bûcherons, exploitants forestiers, sont triés sur le volet et "impliqués"
- ...

Le même principe d’organisation fonctionnera en réseau dans les vallées principales de tout l’arrondissement. Précisons ici que le "Maquis du Haut Jacques" était une création de Louis François et Jean Marie François Pelet, que son noyau dur reposait sur l’équipe des forestiers locaux, que sa raison d’être de l’été 44 était de disposer d’un point de liaison avancé avec l’état-major américain en vue de préparer et sécuriser l’avancée des troupes américaines vers Raon l’Etape Saint Dié... A noter que les inconséquences des décisions prises par des "grands chefs" à la suite de l’intégration de l’organisation de la Résistance des Eaux et Forêts de l’arrondissement Saint Dié dans l’organigramme de la Résistance générale sont la cause de sa destruction... ceci expliquant le lourd silence d’après, puis les consécutives "révisions" de l’histoire... et de sordides "couvertures tirées à soi" enfin

Les hommes des Eaux et Forêts paieront un terrible prix : 305 morts (les 287 inscrits sur le "Parchemin du Haut Jacques" de 1948, et il y en a 18 autres retrouvés depuis), torturés, fusillés, massacrés, déportés... (Voir document PDF de bas de page. Voir aussi ce reportage vidéo de la commémoration du 22 mai 2015 au col du Haut Jacques. Réalisation Vosges TV (Nota : une fois la page ouverte, aller sur l’article "Forestiers résistants"). Cliquer
- Les 2 "patrons" de l’arrondissement de Saint Dié, le conservateur Louis François et l’inspecteur Jean Marie François Pelet, finiront par être arrêtés : le premier à son bureau le 17 octobre 44 (voir témoignage de Georges Maire Lantz dans document PDF en bas de page), le deuxième le lendemain (après son retour d’une mission de liaison avec l’état-major américain). Ils sont enfermés à l’école du Vivier à Etival (succursale du Einsatz Kommando Wenger dirigée par Schuman), où sont amenés d’autres forestiers capturés. Les 2 hommes y sont sont affreusement torturés par les Allemands et Français du Einsatz Kommando Wenger (témoignages d’André Lefèvre, Robert Laurain, parmi d’autres). Le 22, ils seront emmenés en voiture dans la vallée de Ravines (Saint Prayel/Coichot) et massacrés à la scierie de la Commune (voir leur brève "biographie" dans un article de Wikipedia. Cliquer )
- Ce même jour, faisant partie du même "convoi", 12 autres hommes entassés dans un camion sont abattus en même temps à quelques centaines de là à la scierie de Barodet : 9 autres forestiers, 2 maquisards et 1 officier SAS (Lt Silly). Pour en savoir plus sur ce massacre. Cliquer

Des centaines de forestiers ont fini par être capturés. 1 a été retrouvé mort au lendemain d’un parachutage. 9 ont été fusillés. Les plus "chanceux" ont été déportés, et peu rentreront. Exemple pour la vallée du Rabodeau :
- A Moussey, le brigadier Julien et les 3 gardes ont été déportés le 18 août 44, seul le garde Evrard en reviendra
- A la fin de la guerre, plus des 3/4 des hommes de la haute vallée du Rabodeau manqueront à l’appel... dont 70 forestiers (gardes et exploitants en régie)
- Incendie des maisons forestières de Moussey Chavons, Saint Prayel Coichot... des scieries de la Commune et Barodet à Saint Prayel Ravines, Balland à Moussey...

[25] Tous les hommes de la brigade de Moussey sont arrêtés le fameux 18 août, et emmenés au camp de Schirmeck. Les gendarmes Morelle, Rappenecker, Teyber sont exécutés au Struthof dans la nuit du 1er au 2 septembre 44, le chef Demaline (un des "4 500 tatoués") sera exécuté à Buchenwald le 24 février 1945. Un seul survivant : le gendarme Koch, rentré de Kuppenheim. N’oublions pas non plus les gendarmes de Provenchères, Raon L’Etape, Badonviller, Corcieux.. Cirey, eux aussi résistants, fusillés ou déportés pour cela

[26] Les petites gens d’ici, maquisards inscrits et résistants anonymes, ont payé un terrible prix leur "rébellion" : 25 seront fusillés ou massacrés... et un peu plus de 1 000 seront déportés dont plus de 700 sans retour !

[27] Notons qu’en prévision de ce que sera ce qu’on peut résumer par "Opération Loyton" et donc la préparation de la traversée des Vosges du centre par les troupes alliées, le SOE et le BCRA avaient dès la fin du printemps 44 renforcé leurs antennes sur place... les premières datant de 1941 ! En août à Moussey, dans la maison Loewenguth jusqu’au 18, opérera l’équipe "Bataclan Noir" de Jean-Michel Rémy, André Lutringer et André Blaise. Ici, document vidéo INA où André Lutringer rappelle ce qu’était le "métier" de ces équipes radios. Cliquer

[28] C’est à Moussey aussi, définitivement après l’arrestation et déportation de Victor Georges (le "Piton" du Harcholet, appelé "Père Georges" par les parachutistes Anglais) que s’installera le principal poste de radio de l’Opération Loyton (sergeant Len Owens du F Phantom Signals, aidé de "l’estafette" René Farine : le "petit René")...

[29] Difficile de connaître les motivations profondes qui ont déterminé le comportement des "patrons" : sauvegarder un savoir-faire, conserver son patrimoine, nourrir la population... simplement rester "propre sur soi". Puisque peu de patrons ont parlé et que les archives sont restées jusqu’ici "filtrantes" voire enterrées. Une réalité de notre Histoire peu ou pas du tout abordée frontalement bien qu’elle fut "quotidienne" et centrale. Il y eut de puants vassaux et profiteurs du système et de courageux équilibristes. Les uns et les autres à peu près tous laissés dans l’ombre, "repeints" ou salis au gré des besoins de circonstance des "temps d’après". On sait pour ici que Prêcheur, Larue, Jules Py... étaient d’authentiques résistants (maltraités par des aveugles ou des résistants "d’après"), on sait peu des autres. Un aperçu de la réalité de la "collaboration économique", sans prétention d’exhaustivité, il ouvre une fenêtre... si (trop) peu ouverte :
- Un résumé de la "feuille de route". Cliquer
- Cette analyse d’Emmanuel de Chambost sur sa propre entreprise ... Ici sur site HSCO. Cliquer
- Annexes et connexes du site d’Emmanuel de Chambost qui complètent le propos... et ouvrent de nouvelles fenêtres. Cliquer

Qui était Georges Laederich. Sa biographie dans Wikipedia. Cliquer

 

Galerie d'images

Marcel Kibler, le "commandant Marceau". Le chef du GMA Vosges Le colonel Marlier, chef du 1er RCV FFI (1er Régiment de Chasseurs Vosgiens (...) Le captain Sykes. 2ème SAS. L'officier de Renseignement de l'Opération (...) Achille Gasmann, le curé de Moussey. Pilier de la Résistance d'ici Jules Py. Le maire de Moussey et directeur général des usines (...) Moussey Lt colonel Brian Franks Le colonel Marlier Lucien Simonnot Contantin Mallens
 

Documents joints à l'article

Viombois. Le chef de guerre
PDF | 496.9 ko | document publié le 27 octobre 2007
"Viombois". René Ricatte
Libération de l’Est de la France
PDF | 536.9 ko | document publié le 30 janvier 2009
Organigramme FFI. Opération Loyton. Front Allié
Viombois. La bataille
PDF | 8 Mo | document publié le 9 avril 2009
Le Rapport du "capitaine Marc"
Georges Maire Lantz
PDF | 533.3 ko | document publié le 24 février 2010
Eaux et Forêts. Saint Dié 17 octobre 44 : l’arrestation de Louis François
Capitaine Marc. GMA Vosges
PDF | 129.3 ko | document publié le 12 avril 2010
Brève "biographie"
Le Maquis Morel
PDF | 1.6 Mo | document publié le 15 avril 2010
Brève "biographie"
Haute vallée du Rabodeau. Organisation FFI
PDF | 2.1 Mo | document publié le 15 novembre 2010
1er RCV FFI. 1er Bataillon. Centurie de Moussey
Viombois. La dure vérité des faits
PDF | 7.3 Mo | document publié le 8 février 2011
"De Viombois à Berchtesgaden". Livre d’Oscar Gérard
Lieutenant Granjon
PDF | 409.4 ko | document publié le 3 novembre 2011
Chef de la section du "Génie Forestier". Et de la "Centurie de Moussey" du 1er RCV FFI
Ignorance et mépris
PDF | 3.3 Mo | document publié le 14 octobre 2012
3 mai 1963. Reconnus comme Déportés Résistants... 19 ans après !
Le GMA Vosges
PDF | 63.2 ko | document publié le 22 novembre 2013
Rapide bio. Par JM Adenot
Le 1er RCV FFI
PDF | 112.6 ko | document publié le 23 novembre 2013
Rapide biographie
La bataille de Viombois
PDF | 2 Mo | document publié le 16 décembre 2013
"Viombois. La bataille du hasard". Le film documentaire de Christophe Lagrange
L’Administration des Eaux et Forêts
PDF | 1.6 Mo | document publié le 26 septembre 2014
Sa place centrale dans la Résistance
Albert Freine
PDF | 1.2 Mo | document publié le 19 mai 2015
Sa place dans la Résistance d’ici
Résistance des Eaux et Forêts. Conservation des Vosges
opendocument spreadsheet | 85.3 ko | document publié le 25 mai 2015
Les noms des 305 Forestiers et Exploitants en régie fusillés ou morts en déportation. 70 sont de la vallée du Rabodeau
Résistance des Eaux et Forêts. Conservation des Vosges
PDF | 102 ko | document publié le 28 mai 2015
Son histoire en résumé. Par Liliane Jérome
Victor Georges, le "Piton du Harcholet"
PDF | 198 ko | document publié le 16 février 2017
Le Vosgien typique d’ici. Un homme libre

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