Le maquis que l’Histoire avait oublié
 

L’Aktion Wald Fest. Pourquoi et Comment

Le 12 juillet 2008, par Gerard,

Le plan de répression du "Terrorisme" et les moyens de "Chasse à l’homme" contre les parachutistes britanniques de l’Opération Loyton et le Maquis d’ici mis en oeuvre ici d’août à novembre 44


L’opération "Wald Fest" (ou Waldfest, fête de la forêt), en Allemand "Aktion Wald Fest", est l’’opération de concrétisation d’un "Schutzwall West" (mur de protection Ouest) le long du massif des Vosges [1]. Elle fut consécutivement donc contre-offensive allemande de l’opération Loyton, c’est cet aspect, majeur, qui nous occupe ici [2]. Elle va durer un peu plus de 3 mois, du 17 août (coup de filet du Jardin David/Lac de la Maix ou "affaire du 18 août", en fait déjà en cogitation dès le 11) au 22 novembre (libération de la vallée par la 100ème division d’infanterie américaine) [3]

Elle est un modèle d’opération d’éradication du terrorisme par son organisation comme par son indiscutable réussite : la Résistance d’ici saignée à blanc. En témoignent parmi ses plus spectaculaires effets :
- La dissolution du GMA Vosges (8/9 septembre), consécutive des exécutions et déportations de "l’affaire du 18 août" puis de "l’affaire de Viombois" (4 septembre) et de leurs suites
- La mise à genoux du 1er RCV FFI, consécutive des 2 gigantesques déportations de masse du 24 septembre puis des 5 et 6 octobre [4]
- L’abandon de l’opération Loyton
- La destruction (il a fallu des mois) de l’organisation de résistance des Eaux et et Forêts...

Voulue et personnellement supervisée par Himmler [5] et son RSHA, elle fut une chasse à l’homme systématique et planifiée. Faisant suite au décret de Hitler du 2 septembre sur le maintien et donc la protection, à tous prix, du front Ouest : le flanc Ouest du massif des Vosges en l’occurrence

Cette chasse à l’homme est d’abord menée par le BDS Alsace-Bade de Erich Isselhorst puis conjointement avec le BDS France [6]... Et des détachements de la Wehrmacht sont affectés sur ordre d’Himmler pour servir d’auxiliaires, placés ici sous la coupe du commandement d’Epinal assuré par le général von Kirchbach [7]

3 mois d’impitoyable inquisition à l’actif des Einsatz Kommandos. Une traque policière sans répit et sa cohorte d’exactions. Un lourd bilan dont les 3 vagues de rafles puis déportations ne sont que la face la plus connue. S’y ajoutent en effet infiltration des réseaux, arrestations et tortures, dénonciations, exécutions sommaires et massacres, fermes brûlées et villages incendiés... et l’acharnement à traquer et liquider les parachutistes Anglais... l’épouvante au quotidien. Les victimes directes de l’opération Wald Fest :

Les maquisards et populations civiles :

La presque totalité des déportés de la vallée du Rabodeau : 943 pris (1020, "clandestins" compris), 661 non rentrés (720, "clandestins" compris). Voir ci après, au travers des listes d’arrivées au camp de Schirmeck, les traces du passage des déportés pris pendant l’opération Wald Fest. Bien que pas tout à fait complètes et comportant quelques erreurs, ces listes restent une utile indication (site de la FMD) :
- Les arrivées d’août (correspondant aux arrestations et à la déportation centrés sur le 18 août). Cliquer
- Les arrivées de septembre (correspondant aux arrestations et à la centrés sur le 24 septembre). Cliquer
- Les arrivées d’octobre (correspondant aux arrestations et à la déportation centrés sur les 5 et 6 octobre). Cliquer

S’y ajoute la presque totalité des fusillés et massacrés d’ici (Le Harcholet, Moussey ferme Ferry, Senones/La Poterosse, Saint-Prayel Ravines... )

Nota : si c’est la population de la haute vallée du Rabodeau qui a subi et pour cause les plus gros dégâts de cette chasse à l’homme ciblée, n’oublions toutefois pas les voisins de palier des vallées de la Plaine, de la Vezouze, de la région Raon l’Etape, Etival, Saint Rémy, Haut Jacques... qui comptent plus de 300 autres victimes (les tués à la bataille de Viombois et les dizaines d’exécutions ou déportations qui en découlent dans l’immédiat, les déportés dont les raflés de Pexonne (Kdo Erich Wenger) [8], de Badonviller (Kdo Hermann Stein) [9], de Rehaincourt [10], les fusillés dont ceux d’Allarmont... la mise à mort de l’organisation de Résistance des Eaux et Forêts... ), ni les voisins d’un peu plus loin comme par exemple Charmes...

Les parachutistes anglais de l’Opération Loyton :

- 40 hommes, officiers, sous officiers et hommes du rang capturés, 39 exécutés. Détails dans article Les SAS ici/Le prix payé. Cliquer


Sources principales :

- Témoignages de "ceux qui y étaient"
- Documents de sources diverses cités au fil du texte
- Le rapport "Missing Parachutists" [11]

Autres données :
- Celles des documents PDF de bas de page
- Consulter les articles liés : 1/ La chasse à l’homme. Les Einsatz Kommandos. Cliquer 2/ La réaction allemande. Cliquer ...

Sans oublier les apports des "journaux de bord" personnels des parachutistes britanniques, particulièrement utiles à la compréhension du contexte, à la précision des faits et au "nettoyage" des légendes. Ni les synthèses et compléments qui figurent dans "The SAS and LRDG Roll of Honour". Cliquer . Ces "journaux de bord" ne sont pas, et pour nombre de raisons n’ont pas à être, publiés ici

Notes :

[1] Rempart fortifié de défense accolé au versant Ouest du massif des Vosges destiné à protéger le Reich de tout agresseur venant de l’Ouest. Dans les circonstances de l’été-automne 44 qui nous occupent, de stopper l’avance vers le Rhin des armées alliées (au moins à la date de sa construction d’en ralentir le déferlement)

L’Allemagne avait très tôt eu l’idée d’installer une barrière de sécurité rapprochée ceinturant le massif des Vosges : un "Vogesenstellung" allant de Delle (frontière franco-suisse) aux Ardennes (précédé plus à l’Ouest d’un Vor-Vogesenstellung correspondant à la démarcation "Zone Interdite"-"Zone Libre"). Dans ses grandes lignes pour ici sur la ligne de front de la guerre de 14-18 (... Badonvillers, Celles, Moyenmoutier, Le Ban de Sapt... ), profitant de ce qui restait des implantations des fortifications d’époque

En raison de l’avancée convergente vers ici des troupes alliées de libération de l’Europe de l’Ouest, il devint à partir de juillet 44 le rempart ultime de la défense territoriale du IIIème Reich côté Ouest : le Schutzwall West. Sa (re)construction, inaboutie faute de réactivité stratégique et de moyens appropriés, fut un échec malgré l’apport massif de plus de 15 000 "ouvriers" au total (Jeunesses hitlériennes, Volkssturm, groupes d’Ukrainiens forcés et non... requis locaux en novembre)

[2] L’organisation "Wald Fest" en 2 mots :
- Décrétée par Hitler dans sa stratégie globale, placée sous la responsabilité opérationnelle de l’OKW (état-major central de la Wehrmacht), relayée par le Gauleiter du "Westmark" Robert Wagner. Himmler soi-même en supervisera la "protection"
- Le relai exécutif terrain du RSHA est le BDS Alsace-Bade Erich Isselhorst, docteur en droit né à Saint Avold (57), basé à Strasbourg (brève biographie dans Wikipedia. Cliquer )
- Le "staff" opérationnel est installé dans un bureau du camp de Schirmeck (notons l’étroitesse de la coopération "logistique", et bien plus, du staff de ce camp)
- Son "manager" principal est le Lt colonel SS Wilhelm Schneider, délégué de fait de Erich Isselhorst. Il est assisté de Julius Gehrum (homme du Renseignement), de Alphonse Uhring (lien direct avec le RSHA, ancien commissaire principal de la PJ en Alsace avant guerre !)...
- Toutes les branches du SD composant le BDS Alsace-Bade sont mises en oeuvre dont les Einsatz Kommandos spécialisés. En lien quelque temps plus tard avec les mêmes organismes du BDS France...
- La Feld Gendarmerie, au premier rang pour ici celle de Saint Dié
- Les troupes de la Wehrmacht des généraux Vaterrodt (brève biographie. Cliquer ), von Kirchbach (brève biographie. Cliquer ), Seeger (brève biographie. Cliquer ) et sa 405ème division de Protection (qu’est-ce que c’est : document 1. Cliquer , document 2. Cliquer )
- ...
- Une cohorte de supplétifs français : free-lance, intégrés ou "sous-traitants" temporaires du Sipo/SD, membres du PPF, Miliciens "en mission" (rares ici)...
- ...
- Un co-directeur opérationnel, au moins "sur le papier" et "ignoré" par Issehorst, sera un peu plus tard le général SS Carl Oberg (chef suprême des polices de sécurité France), en même temps que le Lt colonel Suhr son chef du BDS. Repliés à Nancy mi août puis mi septembre Fraize Plainfaing (jusqu’au 8 novembre). Rapide portrait de Carl Oberg : dans Wikipedia. Cliquer , sur quelques photos de source USHMM lors de son arrestation en Autriche le 26 mai 45. Cliquer , en France et lors de son procès de septembre 54 à Paris. Cliquer

Développements et précisions figurent dans le rapport "Missing Parachutists". Extraits dans 1er document PDF de bas de page

[3] Pour rester précis à propos de ce que recouvre la dénomination Opération (Aktion en allemand) "Wald Fest" (ou Waldfest) on considère généralement 2 étapes :
- L’opération "du 18 août" et ses suites immédiates, appelée "Plainestal" par certains. Elle démarre le 16 août et est menée par le BDS Alsace-Bade contre le GMA Vosges, principalement "logé" dans la vallée de la Plaine. Cette première action d’envergure, menée par le seul BDS Alsace-Bade est, ceci pour faciliter la compréhension de la logique du plan d’ensemble élaboré pour éradiquer la Résistance locale, généralement confondue dans l’appellation Wald Fest
- L’opération strictement dénommée "Wald Fest" dans le rapport Barkworth/Missing Parachutists *, qui démarre le 1er septembre et est destinée à "nettoyer" l’ensemble du territoire couvert par l’Opération Loyton. Son étendue et les moyens mis en oeuvre font que sont mis en jeu les 2 BDS : BDS Alsace-Bade sous la coupe du Dr Isselhorst et BDS France sous la coupe du Général SS Karl Oberg. Cette 2ème opération est en fait une extension de la précédente, elle se décompose souvent en 2 étapes dans les "écrits" : Wald Fest 1 pour les actions de septembre, Wald Fest 2 pour les actions d’octobre à la libération du secteur
- Dans les faits et sur le principe ces opérations ne relèvent que d’une même décision, mûrement réfléchie, calculée et menée sur le long terme : la mise à genoux de la résistance du secteur

On peut considérer que son point de départ est "l’affaire du 18 août" : 1/ A la lecture de ce compte-rendu succinct des Renseignements généraux d’Epinal. Cliquer 2/ Selon les perspectives que laisse entrevoir cette note secrète du 25 août émanent du général von Kirchbach. Cliquer . Et c’est Erich Isselhorst qui en est de fait le "patron", les raisons de sa condamnation à mort et son exécution illustrent le propos

* Le rapport Missing Parachutists est le document original de l’enquête dirigée par le major Eric Barkworth et menée dès la libération d’ici par son équipe sur le terrain pour connaître les conditions de la "disparition" des parachutistes de Loyton, implicitement des arrestations-déportations ou exécutions des "civils" de nos vallées concernés par l’Opération Loyton, et d’en traduire les impliqués devant la justice. Une base historique incontestée, des extraits ici, dans 1er document PDF de bas de page

[4] Le contexte a en effet rendu inévitables ces 2 déportations de masse du 24 septembre puis des 5 et 6 octobre. Ne réussissant pas à désorganiser les rouages ni capturer les chefs significatifs par des moyens "classiques", les Allemands se sont résolus à utiliser la solution radicale de la rafle et déportation des hommes valides des villages. Comment faire plus efficace pour "domestiquer la population" et "exterminer cette préoccupante bande de terroristes" (traduction de rapports allemands). Les 2 "grandes" déportations, comme on les nomme ici, font l’objet d’un article éponyme à part placé dans la rubrique Histoire d’ici

[5] Sa conférence des 5 et 6 septembre à Gérardmer définit la "feuille de route" à la fois du groupe d’armées G de la Werhrmacht (général Blaskowitz) et des 2 Bds Alsace-Bade (Isselhorst) et France (Knochen puis Suhr, sous le commandement de C(K)arl Oberg)

[6] Une direction centrale des polices de sécurité France a été mise en place en 1942 sous le commandement du général SS Carl Oberg. Son BDS commandé par le Lt colonel Suhr, successeur de Helmut Knochen, est aidé d’une cohorte de supplétifs français s’échappant de toutes les régions déjà libérées et de locaux du PPF (Carl Oberg, rapide biographie dans Wikipedia. Cliquer , présent dans ce documentaire relatif à l’attentat de Stauffenberg. Cliquer )

[7] La tâche terrain incombera principalement à des détachements de la 405ème division "de Protection" du général Seeger. Willy Seeger sera condamné à mort pour crimes de guerre en 46, mais mourra dans son lit en 1981. (Courtes infos parmi d’autres : sur Willy Seeger. Cliquer , sur la 405ème division (1). Cliquer , sur la 405ème division (2). Cliquer , sur Erich von Kirchbach. Cliquer )

[8] Rafle et déportation de Pexonne, son histoire. Cliquer

[9] Badonviller et la guerre. Résistance et le prix payé. Site de la ville. Cliquer

[10] La tragédie de Rehaincourt. Cliquer

[11] Missing Parachutists est le dossier de synthèse de l’enquête réalisée de la libération d’ici à mi novembre 45 par le major "Bill" Barkworth, l’officier de Renseignement du 2ème SAS missionné (par le colonel Franks, en secret et sous couvert de Winston Churchill) pour "enquêter et retrouver" les "participants", et faire traduire les auteurs de crimes devant la justice. Le nom donné à la mission est 2 SAS WCIT (2nd SAS War Crimes Investigation Team). Sa place occupée dans le SAS War Diary. est tout un symbole. Cliquer . Un dossier solide et resté incontesté, appuyé de prolongements ultérieurs (les investigations dureront jusqu’en 1948). Nombre d’extraits en sont directement publiés ici. Voir dans 1er document PDF de bas de page

Respect à ceux qui ont pris sur eux à l’époque le risque de me confier ce dossier "protégé"

 

Galerie d'images

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Documents joints à l'article

Opération WaldFest
PDF | 10.8 Mo | document publié le 28 janvier 2009
Dossier d’enquête "Missing Parachutists". Major Barkworth 2ème SAS
Opération WaldFest
PDF | 248.8 ko | document publié le 14 octobre 2009
Les prémisses
Opération WaldFest
PDF | 927.5 ko | document publié le 6 avril 2010
Bilan des ravages des Einsatz Kommandos
Opération WaldFest
PDF | 1.6 Mo | document publié le 5 février 2011
Le Château de Belval. Un QG de la chasse à l’homme

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